mercredi , 13 décembre 2017
Accueil / Interview / Ali Jookhun, président de U-Link : «L’accent doit être mis sur l’intégration des personnes handicapées»
Ali Jookhun

Ali Jookhun, président de U-Link : «L’accent doit être mis sur l’intégration des personnes handicapées»

La journée internationale des personnes handicapées est observée en ce dimanche 3 décembre 2017. Le thème retenu cette année est «Des transformations durables pour une société inclusive». Ali Jookhun, Disability Rights & Awarenes Campaigner, attire l’attention sur l’importance de l’intégration des handicapés au sein de notre société.

Comment voyez-vous la situation des personnes handicapées à Maurice ?
Nous avons encore un long chemin à parcourir quoique la situation des personnes handicapées s’est améliorée petit à petit au fil des années. Il faut être réaliste. Les technologies et les infrastructures ne cessent d’évoluer et nous, à Maurice, il faut qu’on puisse se mettre au diapason de ces évolutions. Il est malheureux que nous sommes en retard car le nombre de personnes en situation de handicap est en hausse. Nous sommes mieux lotis par rapport à certains pays en Afrique mais si on compare notre situation à des pays en Europe, nous avons encore beaucoup de retard à rattraper.

Quel est votre regard sur leur intégration dans le circuit professionnel et économique du pays ?
Aujourd’hui, nous avons tendance à trop mettre l’accent sur l’inclusion au lieu de l’intégration des personnes en situation de handicap. Mais il faut qu’il y ait des moyens énormes pour pouvoir en arriver là. Cela dépend aussi des efforts consentis par ces personnes handicapées et leur détermination à vouloir intégrer la société et les moyens mis à leur disposition. Le concept « one size fits all » n’est pas adapté pour les personnes handicapées. Il faut une approche cas par cas en prenant en considération les besoins de la personne. Si nous mettons toutes les facilités à leur disposition, je ne vois pas pourquoi ces personnes ne pourront pas être intégrées avec succès dans le monde professionnel et prendre part aux activités économiques du pays.

Y-a-t-il encore du chemin à faire eu égard à l’indépendance financière des personnes en situation de handicap ?
À Maurice, il y a ce qu’on appelle la pension d’invalidité à laquelle toutes les personnes en situation de handicap sont éligibles si elles respectent les critères établis. Puis, il y a la Basic Invalid Pension où il faut la comparution devant un conseil médical pour qu’il soit établi si la personne a un taux d’invalidité de plus de 60%. Je pense que dans une île Maurice moderne, il faut abolir ce système où les personnes doivent se présenter devant un medical board pour les pensions. De nos jours, on parle de droits sociaux et humains au lieu d’une Charitable and Medical approach. Il faut venir de l’avant avec un nouveau système.

« Il faut abolir ce système où les personnes doivent se présenter devant un medical board pour les pensions »

Quelles sont les défis qui attendent les personnes handicapées dans le monde du travail ?
Il existe toutes sortes de barrières auxquelles les personnes handicapées peuvent se heurter en intégrant le monde du travail. Cela peut dépendre de leur mobilité, d’un handicap visuel, auditif ou même intellectuel. Comme je l’ai dit, il faut savoir comment traiter chaque cas et rendre le lieu de travail accessible. Cela peut être des choses simples comme leur offrir des facilités de transport ou rendre les toilettes plus accessibles. N’empêche que sans un budget concret mettant l’emphase sur l’amélioration d’infrastructures et autres ressources, nous allons continuer à organiser vainement des ateliers de travail et autres foires du travail

Que faire dans ce cas pour leur venir en aide ?
En premier lieu, nous avons la Training and Employment of Disabled Persons (TEDP) Act qui régit l’emploi des personnes en situation de handicap. Si un employeur compte plus de 35 employés, 3% du personnel doit être des personnes handicapées. Et tous ceux qui ne respectent pas cette condition peuvent être sanctionnés selon la TEDP Act. Je suis d’avis qu’il faut donner la chance à tout le monde. Chaque personne handicapée a des besoins spécifiques et il faut mettre à sa disposition toutes les facilités pour rendre le lieu de travail plus confortable et accueillant

Que doit-on faire pour permettre un épanouissement académique et professionnel des personnes handicapées ?
Les traités, les conventions, les bons mots sur le papier ne garantissent en rien des actions concrètes. À titre d’exemple, les mots de la Convention des Droits des personnes en situation de handicap représentent des intentions mais la dure réalité est que ces intentions ne se transforment pas en des actions concrètes quoique Maurice ait signé et ratifié la convention. Y-a-t-il un organisme qui veille à ce que les conventions soient respectées ? Je maintiens que tout commence par une éducation de qualité dès le jeune âge. Sans une bonne éducation, nous n’aboutirons à rien. Mais là aussi, il faut des investissements importants en termes d’infrastructures et il faut avoir des personnes qualifiées qui ont une attestation de bonne moralité. Ce n’est qu’après cela que les personnes handicapées pourront prendre leur destin en main et choisir une carrière professionnelle. Il faut leur donner la formation adéquate et veiller à ce que le travail correspond à leur compétence. Un suivi est primordial dans chaque cas.

Les Organisations non-gouvernementales à Maurice œuvrent-elles suffisamment en faveur des personnes handicapées ?
Si on décide de travailler pour ces personnes, je pense qu’il faut avant tout aimer ce qu’on fait. Cela requiert énormément de travail. Les Nations-Unies prônent une approche construction entre le gouvernement et les différentes parties concernées. Quand on travaille avec des personnes handicapées, c’est un « lifetime commitment ». C’est un engagement social à prendre très au sérieux. Et aussi, il faut être au service de ces personnes et non pas se servir d’elles.

Et les mesures gouvernementales…
Il y a une mesure prise par le gouvernement dont je suis encore satisfait. C’est l’élimination des critères d’âge et les revenus des parents pour être éligible à une pension. Depuis, l’État a beaucoup œuvré pour les personnes handicapées. Mais le ministère de la Sécurité sociale ne parviendra pas à faire tout le travail. Il faut une approche globale qui concerne tous les ministères que ce soit celui de l’Éducation, des Sports, des Arts et de la Culture, de la Santé, entre autres.

En 2017, peut-on encore évoquer le mot « tabou » en parlant des personnes handicapées ?
Il faut une campagne de conscientisation continue et un encadrement des parents dès la naissance de leur enfant souffrant d’un quelconque handicap. Et enfin, les ONG doivent se serrer les coudes et œuvrer pour la bonne cause des personnes handicapées au lieu de se concentrer sur les gains pécuniaires.

Commentaires

A propos de Nuur-Uddin Jandanee

Ceci peut vous intéresser

Showkutally Soodhun

Crise d’approvisionnement en carburants : Showkutally Soodhun dans le rôle du sauveur

Showkutally Soodhun revient de l’Arabie saoudite en héros : les tankers saoudiens arrivent à toute vitesse …