vendredi , 23 février 2018
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Admission en Grade 7

Admission en Grade 7 : la rentrée scolaire 2018 entre satisfaction et frustration

L’exercice d’admission en Grades 1 et 7 a eu lieu, mardi 9 janvier, alors que la grande rentrée scolaire s’est tenue le lendemain. Si dans la majorité des écoles, la satisfaction se lisait sur le visage des chefs d’établissement, par contre, dans autres collèges, la frustration se faisait ressentir.

La nouvelle reforme éducative entame sa deuxième année et c’est la première fois qu’a eu lieu l’exercice d’admission « post-CPE » dans les collèges. Ainsi, la transition de Grade 6 à Grade 7 a réservé son lot de frustrations dans quelques établissements secondaires du pays lors de l’exercice d’admission le mardi 9 janvier. Le manque d’enseignants dans plusieurs collèges d’État a été décrié par plusieurs parents qui disent ne pas comprendre comment aucune mesure n’a été prise pour la grande rentrée 2018.

Roshan Boodnah, président de la Government Secondary School Teachers’ Union (GSSTU), estime que la rentrée a provoqué un sentiment de frustration chez de nombreux enseignants en raison de plusieurs demandes de transferts non abouties. « Beaucoup d’enseignants sont frustrés. Il y a eu des demandes de transfert mais celles-ci n’ont pas encore été tenues en compte », nous dit-il. Il faut comprendre qu’il existe trois critères essentiels pour une demande de transfert : une raison d’ordre médical, un transfert après plus de 10 ans passés dans un collège et un changement d’adresse.

Le flou autour de l’Extended Stream

Soondress Sawmynaden, président de l’Union des recteurs et des assistants-recteurs des collèges d’État, pointe du doigt « l’amateurisme » du département des ressources humaines du ministère de l’Éducation. Il estime que ce département n’a pas été en mesure de gérer les requêtes des différents collèges d’État. « Depuis mars 2017, le département des ressources humaines du ministère avait fait comprendre à tous les recteurs qu’il nous fallait soumettre nos requêtes pour 2018. Cela a été fait mais huit mois après, il me semble qu’il n’y a pas grand-chose qui a été fait.  Il n’y a pas eu un ‘timely provision’ du ministère – d’où un manque d’enseignants dans plusieurs collèges pour la rentrée et aussi un surplus dans plusieurs autres établissements. Il y a des collèges où des « Supply Teachers » ont été déployés alors que ce n’était pas nécessaire », déplore Soondress Sawmynaden.

Le  syndicaliste avance également que l’ « Extented Stream » a été la source de plusieurs problèmes pour la rentrée 2018. « Il était convenu qu’il n’y aurait qu’un vingtaine d’élèves qui seraient admis pour ce programme dans les collèges. Or, c’était le cafouillage pour la rentrée. Dans quelques établissements, mes collègues m’ont indiqué qu’ils se sont retrouvés avec plus de 20 élèves et que cela a nécessité l’aménagement d’une seconde salle de classe pour l’Extended Stream », révèle-t-il.

Néanmoins, même si la rentrée 2018 a été une source de frustration dans quelques collèges, dans d’autres établissements la reprise a été sans anicroche. Ricardo Victoire, président de la Parents Teachers Association du collège La Confiance, indique que les admissions en Grade 7 et la grande rentrée se sont déroulées à la satisfaction de tous.

« À notre niveau, la transition de Grade 6 à Grade 7 s’est faite sans grogne. Il me semble que les parents ont bien compris la reforme et c’est tant mieux ainsi », nous a-t-il déclaré.

Soondress Sawmynaden, président du syndicat des recteurs : «Un manque de communication de la part du ministère»

Soondress SawmynadenSoondress Sawmynaden est d’avis que c’est uniquement au cours de cette semaine que les choses retourneront à la normale dans les différents établissements secondaires du pays. Selon lui, pour la rentrée, les chefs d’établissement ont mis les bouchées doubles afin que la transition en Grade 7 se fasse dans les meilleures conditions. « Nous voulons que chaque enfant puisse se sentir à l’aise et nous misons sur un encadrement holistique », dit-il.

Le président de l’Union des recteurs et des assistants-recteurs des collèges d’État pointe du doigt certaines lacunes au niveau du ministère concernant le transfert des enseignants. Toutefois, il avance aussi que certains parents ont contribué à rendre la situation plus complexe pour la rentrée. « Certains parents avaient rempli incorrectement le formulaire d’admission. Cela a, par la suite, provoqué de la frustration. Mais il faut aussi reconnaître qu’il y a eu un manque de communication de la part du ministère de l’Éducation vis-à-vis des parents », fait ressortir Soondress Sawmynaden.

Il soutient que les enseignants devront redoubler d’efforts dans les semaines à venir afin que la nouvelle reforme soit un succès.  « Ce sont les enseignants qui mèneront à bon port les élèves quant à la nouvelle reforme éducative. Les chefs d’établissement auront à l’œil tous les développements et nous apporterons notre soutien également », conclut-il.


Ricardo Victoire, président de la PTA collège La Confiance : «L’épanouissement des élèves demeure notre priorité»

Ricardo VictoireAu collège La Confiance, il y régnait une ambiance ‘bon enfant’ lors de l’exercice d’admission en début de semaine. Ricardo Victoire, président de la PTA du collège, avance que tout s’est bien déroulé et que la transition en Grade 7 a été un succès. « Nous faisons confiance à la nouvelle reforme mais notre but demeure l’épanouissement des enfants au cours de leur apprentissage. Il est vrai que les résultats académiques sont importants mais il faut également que l’accent soit mis sur le développement de la personnalité de l’enfant. Il faut voir les choses avec une vision et une ouverture d’esprit élargie », estime-t-il.  De son côté, Ali Jookhun, le président de la PTA du collège Sir Abdul Razack Mohamed à Port-Louis, avance que certains parents lui ont fait part de leurs réserves quant à l’ « Extended Stream ». « Peu d’information a circulé sur ce programme pour les enfants qui éprouvent des difficultés d’apprentissage. On veut en savoir plus car plusieurs parents sont dans le flou », dit-il.


Roshan Boodnah, Président de la GSSTU : «Des parents pourraient se tourner vers les collèges privés»

Roshan BoodnahLe président de la Government Secondary School Teachers’ Union (GSSTU) loue les efforts du ministère de venir de l’avant avec une nouvelle réforme pour une éducation inclusive pour les étudiants mauriciens. Or, certaines failles dans le système le poussent à avoir un regard critique sur l’avenir de cette réforme. « La réforme a déjà été enclenchée et on ne peut revenir en arrière. C’est fort louable de la part du ministère d’être venu de l’avant avec le ‘No School’. Maintenant,  chaque enfant est assuré d’une place dans un collège après le Grade 6. Mais après concertation avec plusieurs collègues, on a pu remarquer que l’ « Extended Stream » qui remplace le ‘prevoc’ comporte plusieurs lacunes », souligne-t-il.

Selon lui, 52 collèges d’État comprennent l’ « Extended Programme » et cela aura une répercussion sur les ressources humaines des collèges. « Je ne suis pas contre ce programme car je trouve qu’il est très important de venir en aide aux enfants qui éprouvent des difficultés  au cours de leur apprentissage mais ils ont besoin d’un tout autre encadrement. Les enseignants qui travailleront avec ces élèves font partie du staff ‘mainstream’ du collège mais ils ont suivi une formation que j’estime est insuffisante.  Car, pour travailler avec ces enfants, il faut une tout autre pédagogie et une méthodologie appropriée. L’enseignant doit changer complètement sa pédagogie », souligne Roshan Boodnah. Il avance que les enseignants du ‘Mainstream’ travailleront avec les élèves de l’Extended Stream au rythme de deux sessions (périodes). « On le fait juste parce qu’on doit le faire. Mais j’aurais souhaité plus de ressources de la part du ministère », dit-il encore.

En ce qui concerne le Grade 7, le président de la GSSTU estime que les parents ont de grandes attentes par rapport à tout ce qui touche au collège. Or, Roshan Boodnah est d’avis que certains risquent d’être déçus. « Comme l’attribution du collège au niveau de Grade 7 est basée sur trois critères, un enfant peut ne pas avoir le collège que les parents avaient souhaité. Dans ce cas, il y a un risque que ces derniers se tournent désormais vers les collèges privés payants. Ceux qui ont de l’argent, n’auront aucun souci à se faire », argue-t-il.

Il est d’avis qu’il est important de ne pas « catégoriser » les enseignants par rapport aux collèges où ils travaillent. « Certaines écoles ont une infrastructure déplorable et c’est un facteur que beaucoup de parents prennent en considération », avance notre interlocuteur.

Par ailleurs, Roshan Boodnah laisse planer le doute sur les transferts dans les académies après Grade 9. « La mixité entre alors en jeu. Je ne suis pas contre mais au vu de la situation sociale qui règne dans le pays, je ne suis pas trop optimiste à l’idée que filles et garçons se retrouvent dans un même établissement au niveau de Grade 10. La situation à Maurice est telle que certaines interrogations subsistent », fait-il ressortir.

Il ajoute qu’il est temps que le ministère vienne de l’avant avec la création de nouveaux postes au sein des collèges d’État comme celui du ‘Discipline Master’ et du ‘Section Leader’. « Ces postes existent dans les établissements secondaires privés. Je ne comprends pas pourquoi ce n’est pas encore le cas dans les collèges d’État », se demande le président de la GSSTU.

Autrement, il se réjouit du fait que les parents aient pu acheter les manuels scolaires pour la rentrée en Grade 7 à un prix très raisonnable avec une subvention du ministère. Roshan Boodnah dit également accueillir favorablement les nouvelles matières comme le ‘Life Skills’, le créole et le ‘Holistic Development’.


La rentrée 2018 en quelques chiffres…

Ils sont 183 300 élèves à avoir repris le chemin de l’école le mercredi 10 janvier.  Au primaire, c’est 77, 300 enfants qui retournent en classe et au secondaire 106,000. L’exercice d’admission des élèves de Grades 1 et 7 a eu lieu mardi. Il devait se faire le lundi 8, mais a été reporté à cause de la pluie. 11,610 ont été admis en Grade 1 (10890 à Maurice, 713 à Rodrigues, 7 à Agaléga). 13,500 élèves ont, quant à eux, été admis en Grade 7

Par ailleurs, dans le cadre du système « Nine-Year Continuous Basic Education », les programmes d’études pour les Grades 7 à 9 ont été revus. De nouvelles matières ont été ajoutées au cursus. Elles sont : Life Skills, incluant Sexual Education, Civic Values, Road Safety et Social and Emotional Well-being pour une éducation holistique ; kreol morisien en Grades 7 à 9 sur une base optionnelle. Les élèves du secondaire auront bientôt un support en ligne après les heures de classe.

Sinon, 3600 élèves travailleront sous l’Extended Programme. C’est un cours destiné aux élèves ayant des difficultés d’apprentissage revelés lors du Primary School Achievement Certificate (PSAC). La première année de l’Extended Programme consiste en une remise à niveau. Puis, ils auront droit à des cours qui les mèneront au National Certificate in Education (NCE). Pendant ces quatre années, les élèves bénéficieront d’un encadrement spécial.

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