mercredi , 20 septembre 2017
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Abdullahkhan Rossenkhan

Abdullahkhan Rossenkhan, ex-enseignant : ce centenaire a travaillé pendant 77 ans aux madrassahs

Abdullahkhan Rossenkhan célèbre aujourd’hui ses 100 ans. Ce centenaire pas comme les autres, étonne par sa vitalité et sa bonne mémoire.

Lors de notre ren-contre dans sa maison à la rue Dupont à Beau-Bassin, il nous a confié qu’il  se rappelle des souvenirs de son enfance. Il nous raconte  dans les détails ses 77 ans de carrière comme  enseignant  à la madrassah de la  Muslim High School. Il sait toujours toutes les techniques d’apprentissage de la lecture du coran. Lorsqu’il est né à la rue La Paix dans la capitale, personne n’aurait pensé que ce beau bébé allait vivre 100 ans et qu’il allait jouer un rôle important dans la vie de beaucoup de gens.

Abdullahkhan Rossenkhan donne l’impression d’être comme tout le monde et de vieillir moins vite. D’ailleurs, ce n’est que l’année dernière à 99 ans qu’il a mis sa mobylette de côté pour se rendre à pied à la mosquée de Mare Gravier  Pour lui, il n’y a pas l’ombre d’un doute que c’est la lecture du coran qui a contribué à sa longévité. Le vieil homme  nous  émerveille par ses leçons de courage et son désir de partager son expérience de la vie.
Originaire de Kokan, en Inde

La famille est originaire de Kokan. À l’âge de 3 ans, son père emmène  ses frères et lui a la madrassah de la Jummah musjid pour apprendre les langues arabe et ourdou. Son père était un homme très sévère qui n’acceptait pas que ses enfants jouent dans la rue après les heures à la madrassah. Son père veillait au grain que ses enfants lisent le coran à la maison. Au moindre incartade, ils recevaient des coups de rotin sur le dos. Il nous confie qu’il a connu la misère , car son père travaillait au lieu dit ‘chien de plomb’ comme vendeur d’eau sur les bateaux qui venait débarquer les marchandises.

«Mo pas ti pe guette l’argent, mo ti content pou donne zenfant l’éducation deen»

À cette époque il gagnait Rs 40.00 seulement,  pas assez pour nourrir ses 13 enfants. En 1926, Abdullahkhan Rossenkhan qui avait terminé 2 lectures complètes du Coran (khatam ul quraan) croisa le chemin d’un certain maulana Abdullah Rashid Nawab Al Makki Al Madani de Madina shareef. Ce dernier avait ouvert une école vis-à-vis de la Jummah musjid pour enseigner la lecture du coran avec tajweed aux enfants. En bon élève, il apprenait très vite et maîtrisa la prononciation correcte des mots. En 1930, après 4 ans d’études le maulana Rashid Nawab l’informa qu’il était prêt à enseigner la lecture du coran aux autres.

Des personnalités comme élèves

À l’âge de 13 ans, il touchait Rs 1.00 par mois. « Mo pas ti pe guette l’argent, mo ti content pou donne zenfant l’éducation deen ». Il nous raconte qu’il a eu comme élèves d’éminentes personnalités comme le regretté Cassam Moollan, le juge Abdullah Malleck, Sir Hamid Moollan, Cassam Uteem et d’autres professionnels. Comme «Janaab», il était sévère et gardait toujours un rotin sur la table. Pour chaque mauvaise prononciation, les élèves étaient punis. « Grâce à mo sévérité qui beaucoup zenfant fine conne lire coran correctement et fine conne coze urdu. si ou pas lire couma moi, ou quitter ou aller », dit-il.

Il nous indique qu’il touchait Rs 2000 à l’âge de 77 ans. Il enseignait a la madrassah Mohabat-Ul-Islam à Beau-Bassin. Parfois, il se rendait chez des particuliers les après-midis pour enseigner la lecture du coran aux enfants. Il se souvient avoir eu comme élèves Sir Hamid Moollan et le regretté Dr. Umar Uteem. « Mo fine ena comme élève banne papa et maman ,aprés mo fine enseigne zotte zenfant et petit zenfants ». En 2007, il mit fin à sa longue carrière d’enseignant après 77 ans de bons et loyaux services. Comme « lump sum » il a touché Rs 27,000  mais sans une pension mensuelle. Il prit alors de l’emploi comme imam à la musjid Al Dawa Al Islamia jusqu’en 2015.

Abdullahkhan Rossenkhan nous confie qu’il n’y a aucun secret ni de formule magique pour vivre jusqu’à 100 ans. « Allah so travail sa. Mo fine demande mo Créateur laisse mo continuer faire namaz et pardonne tout dimoune », dit-il encore.

Ses proches nous disent qu’il accomplit ses 5 namaz debout et fait la lecture du coran quotidiennement. « Mo pe gagne ene problème avec mo lunette pou lire Quraan tous les jours ».

Cette année il n’a pas jeûné car il devait prendre ses médicaments. mais cela ne l’a pas empêché d’aller à la musjid sans l’aide de personne. Mais ses proches ont toujours voulu l’accompagner  pour éviter qu’il ne tombe en chemin. Abdullahkhan Rossenkhan raconte qu’il a gardé l’habitude de ne rien manger chez quiconque. « Quand mo ti pe alle faire khatam ena dimoune dire moi rester manger, mo fine tout le temp réfuser», nous confie-t-il.

Son épouse, Nazma nous  apprend que son époux se lève très tôt le matin pour accomplir le namaz et faire la lecture du coran avant de manger un morceau de brioche et boire une tasse de lait. Le soir, il se met au lit tard après le namaz Esha. « Ou conner, la vie li ene code de la route. si ou pas suivre code de la route ou alle mort. Pareille couma namaz ena code, wazou ena code et quraan oussi ena so code », déclare-t-il.

Qu’attend-il de la vie à 100 ans  ? À cette question il réfléchit et nous répond ceci : « J’attends la mort maintenant (Koulloo nafsin zaa likatoul maut) ».

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