dimanche , 19 novembre 2017
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Arfaaz

À Vallée des Prêtres : Arfaaz dort à la belle étoile

Son histoire déchirante sur les ondes de Radio Plus à bouleversé les auditeurs. Arfaaz Yadally, 19 ans, orphelin, n’en pouvait plus de vivre en plein air et de surcroît le ventre vide la plupart du temps.

Arfaaz Yadally, a donc pris son courage à deux mains et s’est pointé à Radio Plus dans l’émission Xplik ou K pour raconter son calvaire. En larmes sur les ondes, Arfaaz a laissé parler son cœur pour raconter les péripéties de sa vie.

Nous l’avons rencontré en début de soirée  à Carreau Lalo Vallée des Prêtres sur le flanc d’une colline. Assis sur un banc, Arfaaz, les traits tirés, n’a rien mangé depuis le matin ni avalé un peu de thé. Nous l’invitons à nous suivre pour lui proposer un casse-croûte. Il nous ouvre son cœur.

Depuis l’âge de trois ans, Arfaaz et sa sœur ont été abandonnées dans un orphelinat à la rue Labourdonnais. À cet âge il nous confie qu’il ne connaissait que vaguement sa mère qui lui rendait visite très rarement. À l’orphelinat il était bien traité et recevait beaucoup d’affection. On l’envoyait à l’école et il ne dormait jamais le ventre vide. À l’âge de 11 ans Arfaaz apprend le décès de sa mère. Il dit n’avoir jamais vu son père dont il ne connaît même pas l’identité d’ailleurs. À l’âge d’adulte, il est transféré à l’hospice de la rue St Georges.

Un beau jour Arfaaz reçoit la visite d’une proche qui lui fait une confidence inattendue. «  Avant to maman mort li fine dire moi prend to responsabilité ». Trop content de l’aubaine, Arfaaz accepte l’offre de cette proche qui l’emmène avec elle pour vivre à ses côtés. « Au début nous raconte Arfaaz tout était rose. J’avais 14 ans et j’étais content d’avoir une certaine liberté et de vivre comme un jeune de mon âge » nous dit-il.

Transactions louches

Quelques mois après, il a dû déchanter. Il est traité comme un domestique et la proche partait se promener et laissait les corvées de la maison  à sa charge. Arfaaz confie qu’il ne se doutait pas que des « transactions louches » se déroulaient près de la maison de sa tante. C’est quand elle continuait à lui demander de se rendre sur la route pour faire le guet qu’il a compris qu’on servait de lui pour « faire banne travail sale ». Arfaaz ne veut pas nous dire  ce qu’il comprend par « transactions louches » et « travail sale » par peur de représailles. Il s’enfuit de la maison de cette proche  et cherche refuge chez son oncle à Carreau Lalo, Vallée des Prêtres.

« Le soir j’entends des voix et j’entends des choses anormales qui font le tour du banc où je me suis installé. J’ai peur dans l’obscurité. Mais que voulez-vous? Je n’ai nulle part où aller »

Ce dernier qui a 4 enfants à nourrir est chômeur et arrive difficilement à faire vivre sa famille mais accepte quand même d’héberger Arfaaz pour une nuit dans sa petite cuisine. Arfaaz réfléchit sur l’orientation à donner à sa vie. Où trouvera -t-il un toit pour dormir chaque soir? Il nous raconte qu’il a fait une nouvelle demande pour retourner à l’hospice mais qu’on lui a fait comprendre  que : « Péna place garder ici. Kan ou fine aller, ou place aussi fine aller». Arfaaz se retrouve sur le trottoir à chercher des petits boulots pour acheter de quoi manger pour passer sa faim.

La nuit venue, seul dans l’obscurité, il installe un drap et une couverture sur un banc pour dormir. Chaque soir c’est la même routine. Parfois c’est sous un grand arbre sur une plaque en béton qu’il installe sa couverture. Un rocher sous sa tête fait office d’oreiller. Quand il pleut il s’installe sous l’abribus à l’entrée de Vallée des Prêtres.  « Le soir j’entends des voix et j’entends des choses anormales qui font le tour du banc où je me suis installé. J’ai peur dans l’obscurité. Mais que voulez-vous? Je n’ai nulle part où aller », nous dit Arfaaz. Il raconte qu’une fois il s’est fait dépouiller de son argent par des toxicomanes. « Mo ti nettoye la cour ene madame. Zotte fine batte moi et zotte fine  prend tout l’argent ki mo fine gagner », dit-il.

« Si ene musjid accepter donne moi ene place pou dormi et impé manger mo capave en retour nettoyer et garde place là propre »

Arfaaz nous confie qu’en plusieurs occasions il a dormi le ventre vide. « Mo fine déjà péna manger pendant 3 jours. Mo tape la porte dimoune mo rode ene boute di pain », raconte-t-il. Arfaaz aimerait savoir la chance de vivre comme un être humain. Il raconte qu’il avait suivi un cours d’une année au Dar Ul Uloom Majalis-e-Raza à Plaine des Papayes pour devenir Hifz-ul-Quraan mais il ne nous dit pas pour quelle raison il a mis fin à ses études coraniques. La voix cassée par l’émotion et au bord de larmes, Arfaaz dit espérer  avoir la chance de trouver un emploi et une famille d’accueil. À l’approche du ramadan et de l’hiver, il appréhende de dormir en plein air. « Si ene musjid accepter donne moi ene place pou dormi et impé manger mo capave en retour nettoyer et garde place là propre », ajoute-t-il.

Arfaaz souhaite observer le jeûne du ramadan et s’en remet au Créateur pour changer sa vie misérable. Il nous raconte aussi avoir perdu de vue sa sœur mais il a appris que cette dernière a épousé un homme d’un autre communauté et mène une autre vie.

Arfaaz prend congé de nous car  un jeune au nom de Yasine habitant de Vallée des Prêtres qui a écouté son histoire sur  les ondes de Radio Plus l’a invité à dîner chez lui. Après le dîner Arfaaz s’installera sur son banc pour passer la nuit.

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