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Paul Bérenger

À l’Assemblée nationale : l’histoire du Best Loser System racontée par Paul Bérenger

Vendredi 7 décembre 2018, dans son discours à l’Assemblée nationale sur la réforme électorale, le leader du MMM, Paul Bérenger, a abordé le Best Loser System à Maurice, de sa genèse en 1948 à ce jour. En voici de larges extraits.

En 1948, on avait eu ce qu’on peut appeler les premières élections générales dignes de ce nom à l’île Maurice.  Et à ce moment-là, nous nous retrouvions avec 19 élus : 4 à Port Louis, 6 à Plaines Wilhems et Rivière Noire, 3 au Nord, 3 à l’Est et 3 au Sud. Je disais que c’étaient les premières élections générales dignes de ce nom, puisque le nombre d’électeurs passa de 11,000 – j’arrondis les chiffres – à 71,000, et il suffisait de pouvoir écrire simple sentences dans n’importe quel langage parlé à l’époque à Maurice, français, anglais, bhojpuri, hindi, créole pour avoir le droit de vote.

Aucun musulman n’est élu

Et c’est là où commence toute cette histoire de Best Loser. Des 5 candidats de la communauté musulmane, y compris Abdul Razack Mohamed, pas un seul ne fut élu. Tollé ! Normal ! Tollé, traumatisme même, meeting public ! Pas de candidats de la communauté chinoise ! C’est un tournant qui explique pourquoi le Best Loser System est encore avec nous jusqu’aujourd’hui. Avec le tollé que cela souleva dans la communauté musulmane, le gouverneur nomma Abdool Raman Osman, et Donald Ah-Chuen.

Les élections de 1953 se tinrent sur la même base. Il y eut deux candidats musulmans : Abdool Razack Mohamed et Issop Badat du Parti Travailliste. Abdool Razack Mohamed fut le seul élu par cinq voix d’avance.

Trois communautés principales

Et nous en arrivons, Madam Speaker, au Turning Point de 1958/1959. Je parle de turning point parce qu’avec la Commission électorale de Sir Trustram-Eve en 1958 qui débouche sur les élections de 1959, et dont le rapport est à la base de la délimitation des circonscriptions qui est toujours en force jusqu’aujourd’hui. En effet, Sir Malcolm Trustram-Eve décide qu’il y aura 3 main communities: General population, Hindu and Muslim. Il décide que les tamouls et les télégous sont dans la communauté hindoue en général. Et quant aux autres, par exemple, les sino-mauriciens ou les tamouls baptisés, ils auront à compter sur les nominations à être faites par le Gouverneur-Général.

C’est un tournant parce que la Commission Trustram-Eve divise le pays en 40 circonscriptions supposément pour garantir que les trois principales, the three main communities seront adéquatement représentées.(…) Les élections qui suivirent en 1959 et puis les élections de 1963 furent tenues sur la base de cette même division en 40 circonscriptions.

Appartenance ethnique

And then we reached in 1966 the next turning point, le rapport Banwell (…) qui colle une circonscription avec la circonscription avoisinante, ce qui fait 20, et trois députés par circonscription au lieu d’un. (…) À part cela, le rapport Banwell propose aussi 5 Best Losers qu’on appelle le Constant corrective, basés sur les communautés, mais les candidats ne déclarent pas leur communauté. Il place cette lourde – très lourde – responsabilité sur le dos de l’Electoral Commissioner et l’Electoral Commission, en se basant sur leur expérience de ce que c’est que l’île Maurice, à eux de voir quelle communauté est sous-représentée. Et ça aurait fait possiblement beaucoup de tort à la Commission électorale au fil des élections.

Mais de toutes les façons, tollé à nouveau! Le parti Travailliste, le CAM et l’IFB rejettent les recommandations de Banwell, pas toutes mais la plupart (…), et finalement le rapport Banwell n’est pas adopté. Stonehouse est envoyé par Londres. Il y a eu unanimité de tous les partis politiques. C’est une chose assez rare dans l’histoire de n’importe quel pays je pense, le parti Travailliste, le CAM, l’IFB et le Parti Mauricien, tout le monde tombe d’accord sur les résultats du passage de Stonehouse chez nous et on a ce qu’on a jusqu’aujourd’hui, les 8 best losers, etc. Stonehouse s’en va ; il retourne dans son pays et nous avons les élections de 1967.

Des jeunes contre le BLS

Et il faut se rappeler aussi qu’en 1982, premier le 60-0, je n’oublierai pas de sitôt premier 60-0. Donc pas de best losers ; au contraire, nous étions ici (ndlr : au Parlement), moi j’étais le ministre des Finances ; Sir Anerood était Premier ministre, 5000 jeunes dehors, manifestant ‘aboli best loser’. Et je les comprenais parfaitement. J’ai eu à quitter le Parlement pour attirer ces 5000 jeunes devant le quartier général du MMM (ndlr : à la rue La Poudrière). Je me suis fait insulter copieusement parce que je leur avais expliqué que nous n’avions pas un mandat car ce n’était pas dans le programme électoral. Nous étions d’accord avec eux. On a décidé de ne plus faire de recensement à base communale sur la base des quatre communautés selon notre constitution post-Stonehouse, dans les quatre communautés : hindoue, musulmane, sino-mauricienne, et so-called general population, et c’est pourquoi jusqu’aujourd’hui c’est sur les chiffres de 1972 qu’on se base pour faire fonctionner le Best Loser System. Il y a des leçons à tirer de tout cela, parce qu’une ignorance de cette histoire, de ces turning points dont j’ai parlés, permettent à certains de s’égarer et permettre à d’autres d’égarer les gens, de forcer les choses, de façon dangereuse parfois.

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