jeudi , 20 juillet 2017
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À 75 ans, Rahel Ameerun travaille comme laboureur

Le jour se lève et la nature reprend vie. Le soleil est en­core très haut dans le ciel et une brise fraîche fouette le visage. Il est cinq heures du matin quand Bibi Rahel Ameerun termine sa prière. Elle se prépare pour aller travailler aux champs.Dans son sac, une bouteille d’eau, son repas qu’elle a préparé plus tôt le matin et ses gants de caoutchouc qu’elle préserve jalousement. D’un pas décidé, elle quitte sa maison. Direction la grande route où un transport viendra la récupérer pour l’emmener aux champs à 6h00 du matin. Vous diriez sans doute qu’il n’y a rien d’exceptionnel à cela puisqu’il s’agit du quotidien de tous ceux qui travaillent dans les champs. Détrompez-vous. Bibi Rahel Ameerun n’est pas comme les autres. Elle a 75 ans bien sonnés ! Pour la septuagénaire, chaque jour qui se lève est un autre rêve qui commence. Le visage très marqué de cette “Dadi” porte les séquelles de la souffrance qu’elle a endurées de par la nature de son travail difficile.

Mère de 3 enfants, elle a 8 petits-enfants et 9 arrière-petits-enfants, Bibi Rahel travaille comme laboureur depuis une trentaine d’années dans le nord du pays. Elle n’a pas jamais été scolarisée et a connu une vie heureuse après son mariage. Après la mort de son époux, elle n’a eu d’autre choix que de travailler pour nourrir ses enfants et les scolariser. Bibi Rahel trouve de l’emploi comme laboureur dans les champs. Quand c’est la saison des pommes d’amour, en compagnie d’une dizaine de femmes, elle fait la récolte toute la journée. Pendant la coupe dans les champs de canne elle fait le dépaillage. Le visage rongé par le soleil, elle transpire à grosses gouttes sous un soleil ardent . Bibi Rahel n’a pas le temps de lever la tête pour nous parler.

Sa fierté : ses petits-enfants

D’un geste mécanique, ses doigts agiles arrachent les pommes d’amour des branches et les déposent dans un grand panier. Ses reins usés résistent à la fatigue. Elle fait une pause pour reprendre son souffle et nous fait la conversation. « Mo faire sa travail là depuis 30 ans . Mo banne zenfants dire moi arrête travaille mais mo faire sa pou mo reste en bonne santé », dit-elle. Bibi Rahel est taquinée par ses amies et le sirdar mais elle répond toujours par le sourire.

Qu’il pleuve ou qu’il vente, Bibi Rahel est toujours présente dans les champs, excepté le dimanche. Elle nous raconte qu’elle n’avait pas le choix quand son époux est décédé. Avec l’argent qu’elle a perçu, elle a envoyé ses enfants à l’école et elle a payé les frais universitaires de ses petits-enfants. Ceux-ci, qui sont tous devenus des professionnels, sont sa plus grande fierté. « Mo ena mo tifille ki travaille matronne dans l’hopital » dit-elle avec un brin de fierté.

Bibi Rahel ne souffre d’aucune maladie et après sa journée chargée, pour se remonter, elle fait ses prières. « Sa travaille-là bien dur. Mo fatigué mais kan mo rentre mo lacaze mo fini prend ene bain et mo faire mo namaz, mo pas senti fatigue », nous confie-t-elle. .Ses yeux pétillants de bonheur laissent deviner qu’elle est une “Dadi” heureuse. Seul regret qu’elle porte dans son coeur : la perte d’un fils âgé de 35 ans alors qu’il travaillait aux champs. «Mo chagrin kan mo pense mo garçon ki fine mort trop jeune», dit-elle. Bibi Rahel nous raconte avec joie qu’elle a déjà effectué le hajj avec l’argent qu’elle a économisé comme laboureur. « Mo fine faire sacrifice avec mo ti cash pension et mo l’argent laboureur. Zenfant oussi fine aide moi pou mo accomplir hajj », dit-elle. Bibi Rahel souhaite rester en bonne santé pour continuer à travailler pendant longtemps encore. « Si mo arrête travaille mo pou tombe malade », insiste-t-elle. Elle ne voudrait pas devenir un fardeau pour personne et préfère quitter un jour ce monde sans difficulté. «Mo banne camarade ki travaille dans karo sa même mo famille sa. Nous discuté après nous d’accord », ajoute-t-elle.

Ahad Bundhoo propriétaire du champ de pommes d’amour

La passion de la culture de la pomme d ;amour se transmet de génération en génération chez les Bundhoo. Aujourd’hui, c’est à Ahad Bundhoo qu’a été confié la tâche de prendre en charge le champs sous culture de pommes d’amour. C’est à l’âge de 17 ans, après ses études, qu’ il décide de donner un coup de main à son père dans la plantation familiale. Le travail de laboureur ne plaît pas à ses frères qui émigrent en France. Ahad décide de rester au pays par amour pour la terre. Malgré les difficultés, il ne fait pas marche-arrière et se construit une bonne réputation comme planteur. Le travail dévient de plus en plus exigeant. Les laboureurs se comptent sur les doigts d’une seule main. Seules les dames de plus de 50 ans ne rechignent pas à faire ce métier . « Banne zenesse pas oulé faire sa travail-là », dit-il. Le plus gros problème rencontré c’est le vol des légumes. « Pendant 1 mois mo dormi dans mo van pou veille voleur le soir. Zotte armé kan zotte vinne coquin kan légume fini paré », indique-t-il. Ahad Bundhoo en veut aussi au ministère de l’Agro-industrie qui fait la sourde oreille aux doléances des planteurs en ce qui concerne l’irrigation. « Éna 7 pivots ki en panne depuis 2 ans et zotte dire péna pièce pou réparé », lance-t-il avec colère. Ahad souhaite que le gouvernement prend en considération les doléances des planteurs avant la disparition des plantations de légumes dans la région.

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