mercredi , 23 octobre 2019
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Il a 10 ans et souffre d’incontinence urinaire : le combat d’un père

Reaz, 38 ans, vit un tourment quotidien. À la maison, il ne lâche pas du regard son fils de 10 ans. À chaque fois que le petit garçon se rend aux toilettes, il prie Dieu pour lui venir en aide. Car, pour le garçonnet, uriner est un exercice qui l’embarrasse fortement.

Il souffre d’une complication connue dans le jargon médical comme « hypospadias » qui l’empêche de se soulager comme tous les garçons normaux. Lui, il doit s’asseoir pour se soulager parce que l’urine ne sort pas par le passage naturel mais sous la peau et se répand partout.

Le garçon est né avec ce problème. Depuis, les va-et-vient ont été incessants entre la maison (Reaz habite dans les hauts plateaux) et l’hôpital de Rose-Belle. Reaz raconte que depuis sa naissance et ce jusqu’à ce qu’il ait eu 7 ans, le garçon avait été pris en charge par un chirurgien pédiatre bien connu qui, depuis, a quitté le service public pour exercer dans le privé. Avant de partir, le chirurgien pédiatre avait pris la décision de l’opérer, mais il devait y avoir un empêchement et l’opération n’avait pu se faire.

Reaz est resté dans le flou après cela. Cherchant sans cesse une solution pour son fils, il devait frapper à toutes les portes jusqu’à ce qu’il frappe à celle de Radio Plus.

« La première fois que j’avais téléphoné à Radio Plus, c’était il y a un an, explique-t-il. Suite à l’intervention de la radio, mon fils avait pu être opéré par le médecin qui avait remplacé le chirurgien pédiatre. C’était le 24 avril 2017, trois jours après mon intervention à la radio. Le médecin avait alors dit qu’il allait opérer l’enfant une deuxième fois. Après la première intervention, mon fils n’a pas eu de rendez-vous. Mais je me rends à l’hôpital chaque deux mois pour demander quand se fera la deuxième intervention. On reprend mes coordonnées, on me dit qu’on me téléphonera, puis rien. Tout ce qu’on me dit, c’est que mon enfant est sur la liste d’attente. Quand j’insiste, on me dit que c’est le médecin traitant qui doit décider quand il opérera mon fils pour la deuxième fois. Je précise que ce n’est pas ce que j’ai entendu de la bouche du médecin lui-même », nous indique Reaz.

Constamment dans l’angoisse

Reaz révèle que selon les dires même du médecin traitant, l’enfant nécessite trois phases d’intervention chirurgicale. Si la première a été faite, il n’a aucune idée quand les deux autres seront effectuées. Entre-temps, il souffre pour son fils. Malgré ce problème, le garçon va à l’école. « Je pense constamment combien il doit être embarrassé quand il doit se rendre aux toilettes à l’école. Quand il s’y rend, il n’est pas forcément seul. Il grandit et j’ai peur pour lui. Je crains que cela ne se complique davantage pour lui à l’avenir. Je souhaite tellement qu’il soit opéré au plus vite », déclare le papa.

Ce qui attriste encore plus Reaz, c’est qu’il n’arrive pas à profiter du passage d’éminents spécialistes étrangers chez nous pour faire examiner son fils. Il y a quelque temps, le service de la santé avait reçu la visite du Prof. Ashley Decruz, un spécialiste indien en la matière. Malheureusement Reaz n’a pu le rencontrer. « Pour ce qui est de la visite des médecins étrangers, on ne m’a appelé qu’une fois pour que mon fils soit examiné par l’un d’entre eux. C’était à l’hôpital de Flacq. Je me suis rendu là-bas le matin pour quitter l’hôpital vers 20 h. Depuis, on ne m’a jamais contacté quand des médecins étrangers sont venus ici. C’est à la télévision que je les vois se rendre dans nos hôpitaux. » Des images qui n’ont cessé de faire grandir la frustration en Reaz.

Mais tout n’est pas perdu. Comme le Prof. Decruz vient à Maurice chaque année, sans frais, la rédaction de Radio Plus touchera un mot au médecin traitant pour que l’enfant ait un rendez-vous avec l’éminent spécialiste lors de sa prochaine visite chez nous.

Qui décide ?

Ceci dit, il y a toujours cette question concernant les interventions qui peuvent être faites localement sans qu’il soit nécessaire au patient  de se rendre à l’étranger ou encore sans l’assistance d’un spécialiste étranger. Ceci est  à la discrétion du ministère de la Santé. Est-ce que le service de santé publique recommandera le petit patient au médecin étranger ? Qui prépare la liste des patients qui doivent être examinés par des spécialistes venus de l’étranger ?

Une source insiste qu’un problème a surgi au niveau de chirurgien pédiatrique dans le service public. D’ailleurs, le ministère a fait publier une annonce dans la presse pour que le poste de chirurgien pédiatre, laissé vacant depuis le départ du spécialiste en poste, soit suppléé. En ce moment, le service de la santé publique ne dispose pas d’un chirurgien pédiatrique reconnu par le Medical Council. La Santé dispose d’un « chirurgien généraliste » et non d’un « chirurgien pédiatrique », selon notre source.

Contacté par la rédaction, le ministère de la Santé, par la voix de son attaché de presse, a promis de faire un suivi du dossier.

Un malheur ne venant jamais seul, Reaz vit une situation financière délicate. Receveur d’autobus, il a fait, en 2014, une chute alors qu’il travaillait et depuis, il n’arrive plus à utiliser sa main gauche malgré deux interventions chirurgicales. Inutile de dire qu’il a été forcé d’arrêter et de prendre sa retraite. En ce moment, il perçoit une aide sociale, alors qu’il est marié et père de deux fils (l’aîné termine son Grade 11). Son épouse étant femme au foyer. Reaz dit avoir entamé des démarches pour obtenir une pension d’invalidité mais elles n’ont pas abouti alors que tout semblait sur la bonne voie. Il a un nouveau rendez-vous avec le tribunal médical le 20 juillet.

Qu’est-ce que le « hypospadias » ?

Selon une source officielle, c’est la deuxième maladie la plus commune chez les garçons. Mais elle est opérable puisque le défaut dans l’appareil urinaire peut être réparé. Le problème consiste en ceci : l’urine ne sort pas tout droit par le passage, mais sort par le bas, sous la peau. La reconstruction est possible, il suffit de faire confiance au médecin qui va opérer. Il est bon de savoir que sur chaque 250 naissances de bébés garçons à travers le monde, il y a un enfant qui naît avec le « hypospadias ».

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